Un ouragan au Québec, est-ce possible ?

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L’ouragan Matthew reçoit beaucoup de couverture cette semaine. Normal puisque cette puissante tempête risque de causer beaucoup de dégâts et de pertes humaines en plusieurs endroits dans l’Atlantique. Son nom sera fort probablement retiré de la liste à la fin de l’année.

Est-il possible qu’un ouragan touche le Québec ? Pas vraiment. Nous avons souvent ce qu’on appelle « les restes » ou plutôt un système en transition extra-tropicale (post-tropicale).

Pour qu’un ouragan se forme et se maintienne, il doit avoir une source suffisante de chaleur et d’humidité. Donc les conditions propices à cela se retrouvent au-dessus de l’océan et l’eau doit avoir une température d’eau moins 26°C, cette couche de température doit couvrir plusieurs mètres en profondeur. Il faut aussi que les conditions de cisaillement des vents (changement des vents en force et direction avec l’altitude) soient faibles. Un ouragan faiblira rapidement lorsqu’il entre dans les terres.

L’endroit le plus près, en ligne droite, d’où se trouvent les premières terres du Québec par rapport à l’océan Atlantique (on exclut ici le Golfe du St-Laurent) est d’environ 200 kilomètres de distance. Aussi, l’eau dans cette zone est entre 12-14° Celsius. Bien loin de notre marque minimale.

De plus, en montant en latitude, il y a beaucoup plus de chances que notre ouragan se retrouve dans la trajectoire d’une dépression de mi-latitude. Le cisaillement des vents y sera plus fort et l’interaction avec ces systèmes auront tendance à lui faire perdre ses caractéristiques tropicales.

En gros, voici les différences entre les caractéristiques d’un ouragan et d’un système post-tropical.

Un ouragan est tellement puissant, que la pression sera plus haute en altitude que près du sol ou elle sera très basse. Avec un système extra-tropical comme on connaît, c’est le contraire, la pression baisse avec l’altitude. Les vents les plus forts d’un ouragan seront donc concentrés dans le premier kilomètre de l’atmosphère, tandis que dans un système extra-tropical, ils seront beaucoup plus haut, associés au courant-jet.

Lors d’un ouragan, les vents les plus forts seront concentrés près de l’oeil. On appelle cette région le mur de l’oeil ( plus d’infos ici ). Dans un système post-tropical les vents les plus forts en surface seront beaucoup plus éloignés du centre.

Distributions des vents d’une dépression post-tropicale. (Flèche rouge indique l’endroit des vents les plus forts, le « L » rouge indique le centre de la dépression.

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Les systèmes tropicaux (ouragans) sont des systèmes avec un « coeur » chaud et les systèmes extra-tropicaux ont des « coeurs » froids. Il existe donc une période de transition entre les deux types de systèmes parce qu’il y aura une interaction avec une autre dépression qui fusionnera avec le système tropical . Voici deux exemples avec ce qui est prévu pour Matthew.

« Coeur » chaud de Matthew prévu près des Carolines. Le « X » représente le centre de l’ouragan. On remarque les couleurs de plus en plus chaudes près du centre.

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« Coeur » plus froid et en transition lors de son passage prévu sur les maritimes. Le « X » est le centre dépressionnaire. On remarque que l’air chaud se décale vers la droite et l’air froid envahit la partie gauche et le centre. Un pattern similaire aux systèmes frontaux (front froid/front chaud) s’installe alors qu’il est absent avec l’ouragan.

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Autre différence, la distribution des précipitations. Au niveau de l’ouragan, les bandes de précipitations seront bien enroulé avec le centre du système. Avec le système post-tropical, nous perdons ce pattern. Les précipitations seront plus étalées et généralement, le gros de celle-ci va tomber à la gauche du centre dépressionnaire.

Précipitation prévue sur 24h lors du passage de Matthew. Le « X » est le centre dépressionnaire. On voit que le gros des précipitations se situe à gauche du centre.

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Des ouragans ont déjà frappé les provinces maritimes. Généralement ils sont des catégories 1 ou 2 (vents entre 120 et 175 km/h) lorsqu’ils arrivent sur ces secteurs car les eaux très chaudes sont assez loin de nos régions. Sans perdre leurs caractéristiques tropicales, ils ont néanmoins le temps de faiblir avant d’arriver.

Pour conclure, les possibilités qu’un ouragan touche le Québec sont très minces pour plusieurs raisons. Nous sommes trop éloignés dans les terres. Les eaux de l’Atlantique les plus proches de nous sont bien en deçà du seuil minimal de température requis pour maintenir un ouragan. L’interaction avec d’autres systèmes météo fait en sorte que l’ouragan va perdre ses caractéristiques tropicales.

Les systèmes post-tropicaux représentent aussi des dangers. Ce sont de très fortes dépressions qui peuvent produire des fortes pluies, des vents de plus de 100 km/h et même encore des marées de tempêtes comme lors d’un ouragan. Ce ne sont pas des systèmes à prendre à la légère. Ils sont seulement différents de leurs cousins les ouragans.

Pierre-Marc Doucet.

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4 réflexions sur “Un ouragan au Québec, est-ce possible ?

  1. Nous avons une maison en Floride plus precisement a Port ste Lucie j’espere que nous serons pas trop toucher.Pour l’heure j’ai bien aimé vos explications .Merci

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