Les restants de l’ouragan Patricia qui ont affecté le Mexique et le Texas la semaine passée sont maintenant rendus dans le sud-est américain. Cette dépression est présentement en train de se renforcer avec une forte poussée d’humidité du golfe du Mexique.
Pendant ce temps, un autre système dans l’ouest Canadien se forme et celui-ci se dirige vers nos régions. Les deux systèmes sont prévus de s’amalgamer ensemble tout en se dirigeant vers nos régions pour mercredi et jeudi.
Image satellite, montrant les deux dépressions qui vont arriver sur le Québec demain.
Pour le moment les modèles montrent des quantités appréciables de pluie allant de 50-60mm sur les régions au nord du fleuve. Donc les régions des Laurentides, Lanaudière, Mauricie, Québec, Charlevoix, Saguenay seront particulièrement à surveiller. Nous allons continuer à suivre l’évolution du système car le moindre mouvement peut faire changer l’endroit où les quantités d’eau seront les plus importantes.
À noter aussi que les vents seront assez forts avec ce système. Des vents soutenus de 40-50 km/h avec rafales à 60-70 km/h sont possibles surtout en fin de journée mercredi et dans la nuit de jeudi. Particulièrement aux alentours de la vallée du St-Laurent mais probablement moins dans celle-ci vu la direction sud-sud-est prévue des vents.
Dans la journée de mercredi une forte dépression approchera du Québec.
Ce sont les restes de l’ouragan Patricia. Elle apportera beaucoup de pluie, surtout sur la rive nord du fleuve. Pour le moment il est trop tôt pour parler des quantités, mais il semble possible que certaine région de la rive nord pourraient avoir plus de 50 mm de pluie. Sur la rive sud les accumulations ne devrait pas dépasser les 25 mm.
Voici une carde des accumulations.
Nous allons refaire une prévision plus complète demain avec les nouveaux modèles.
Patricia est passé d’une simple tempête tropicale à un ouragan monstre de catégorie 5 en l’espace de 24h qui causera une grande dévastation au Mexique.
Pire, même en devenant un ouragan de catégorie 5, l’ouragan a continué à se renforcer. Les vents soutenus sont estimés à 320-330 km/h et des rafales jusqu’à 400 km/h sont possibles. La pression centrale a atteint le plus bas niveau jamais enregistré dans la zone de responsabilité du National Hurricane Center, soit 880 millibar.
Graphique de l’intensité de Patricia.
Pourquoi une telle intensification aussi rapide ? Il existe quelques explications. Le fait que nous sommes dans une année d’El Nino fort explique en bonne partie le phénomène.
L’eau chaude sert de réservoir d’énergie pour les ouragans. Lorsque nous sommes en situation El Nino, les températures de l’eau sont beaucoup plus chaudes que la normale dans l’est du Pacifique. Non seulement ça, mais la partie plus nord-est du Pacifique est sous l’influence de l’oscillation pacifique décennale positive (PDO+). Il s’agit d’un moment ou l’eau est aussi plus chaude que la normale dans ces régions. Selon plusieurs études, lorsqu’un El Nino est en place et que le PDO est positif, les deux phénomènes ont tendance à se renforcer mutuellement. Cela mène à des températures bien supérieures à la normale autant en surface qu’en profondeur dans l’océan.
Carte des anomalies de la température de l’eau.
D’autres conditions sont aussi nécessaires pour la formation et le maintien des ouragans. Un faible cisaillement et un bon apport en humidité sont très importants.
Comme le démontrent les deux prochaines cartes, le cisaillement dans la région de l’ouragan est presque nul. La ceinture d’humidité disponible est aussi très présente ce qui continue d’alimenter l’ouragan.
Deux autres facteurs qui ont aidé à la formation de ce monstre sont que la majorité des autres ouragans qui se sont formé dans le bassin Pacifique cette année se sont formé plus loin à l’ouest. Les eaux dans cette région n’ont donc pratiquement pas été affecté par des refroidissements qu’amènent les grandes quantités de précipitations d’un ouragan.
L’autre facteur est que Patricia a un centre assez compact. Cela aide beaucoup à l’intensification rapide et la baisse de la pression centrale. Lorsqu’on met tous ces facteurs bout à bout, on a la recette parfaite pour un puissant ouragan.
Maintenant, espérons seulement pour le mieux en matière de vies humaines.
Les régions du centre du Québec, particulièrement la Mauricie, une partie du lac St-Jean et de la réserve faunique des Laurentides ont le potentiel de voir de la pluie verglaçante au courant de la soirée et de la nuit.
Le risque est aussi possible un peu au sud de la zone rouge sur la carte précédente. Cela dépendra de la progression d’un front chaud qui amènera de l’air plus doux en altitude. Cependant dans les régions montagneuses, la température de surface pourrait retourner sous zéro pendant quelque temps en soirée et dans la nuit. Cela donnerait bien sûr une situation de verglas.
Pour les autres régions plus au nord, le tout devrait tomber en neige, alors que dans le sud du Québec nous aurons droit à de la pluie.
En ce 17 octobre 2015, plusieurs régions du sud du Québec ont eu droit à leu premier tapis blanc de la saison. La rive sud de Montréal, Drummondville, Trois-Rivières, la Beauce et plusieurs autres.
La région de Québec aussi avec de la neige fondante.
Voila quelques photos prise ce matin par Mathieu Bordage en Beauce.
Les supercellules sont parmi les manifestations de la nature les plus impressionnantes. En tant que chasseur de tempêtes, il s’agit du type d’orages que nous voulons le plus observer.
Les supercellules sont responsables de la plupart des phénomènes de temps violent, dont les tornades. Lors de la journée du 1er Aout 2006, le sud du Québec a subi deux tornades. Une EF1 à St-Gédéon-de-Beauce et la tornade EF2 du Lac Drolet en Estrie. Il y a eu aussi beaucoup d’autres orages violents qui ont affecté plusieurs parties du Québec, sans pour autant donner des tornades. Quelles en sont les raisons ? Cet article tentera de démontrer les ingrédients nécessaires pour discriminer les supercellules avec un potentiel tornadique ou non avec pour exemple l’évènement du 1er Aout 2006.
Mais avant tout, voici quelques notions sur les ingrédients nécessaires à la formation des orages supercellulaires.
La formation des supercellules.
Par définition, une supercellule est un orage avec un mésocyclone persistant. Le mésocyclone est tout simplement le courant ascendant de l’orage qui est en rotation. Nous avons besoin de 4 ingrédients clés pour la formation de ce type d’orages;
-Instabilité
-Humidité
-Soulèvement
-Cisaillement
Prenons chacun de ces ingrédients un à un en commençant par l’instabilité. Il s’agit tout simplement de la mesure d’énergie convective potentielle des courants ascendant aussi appelé CAPE. Une atmosphère peut être instable de plusieurs façons, avec une dépression qui arrive et refroidit l’air en hauteur alors que l’air est toujours chaud et humide au sol par exemple. Le réchauffement diurne joue un grand rôle aussi. Plus la température et l’humidité sont élevées au sol et plus rapidement ils diminuent dans la moyenne atmosphère, plus le potentiel convectif est important. Pour les orages, dépendant du setup en place, l’énergie n’est pas obligé d’être très élevé. Des valeurs de CAPE de 500 à 1000 peuvent parfois suffire pour soutenir de bons courants ascendant.
L’humidité joue un rôle important pour l’énergie, mais aussi pour la hauteur de la base des nuages, le type de supercellules possibles entre autres. Tous ces points sont importants pour identifier un potentiel tornadique. Une base trop élevée des nuages a tendance à réduire le risque alors que trop ou pas assez d’humidité aussi. Un écart de 5 à 10°C entre le point de rosée et la température est généralement l’idéal dans les 3 premier kilomètre de l’atmosphère.
Le soulèvement est ce qui va créé un mouvement vers le haut de l’air. Un front, un creux, des outflow boundaries, une dryline (USA seulement), la convergence de vents au sol, la divergence amenée par un courant-jet, des montagnes… Bref la liste est longue, nous verrons plus en détail certains de ces phénomènes plus loin. Mais pas de soulèvement, pas de courant ascendant, donc pas d’orages. Les drylines sont très prisées dans Tornado Alley puisque ce type de soulèvement n’apporte pas les inconvénients d’un front froid et si les orages s’éloignent assez d’elles dans un bon environnement, l’humidité disponible pour les orages risque d’être mieux balancé. Ce type de phénomène n’existe pas au Québec.
Finalement, l’ingrédient maitre pour la formation des supercellules est le cisaillement des vents. Il en existe deux types. Le cisaillement en vitesse et le cisaillement directionnel.
Le cisaillement en vitesse est la différence entre la force des vents au sol et celle en moyenne altitude.
Les vents plus faibles au sol et plus fort en altitude contribuent à créer un effet de rouleau compresseur dans l’air et sera relié à la formation du mésocyclone plus tard. Il s’agit d’une forme de vorticité. Pour voir si on a un potentiel de supercellule, on regarde la plupart du temps le cisaillement en vitesse entre la surface et 6 kilomètres de hauteur (0-6km). Le minimum requis est d’environ 30 noeuds et l’idéale se situe à 40 noeuds. On calcule ce paramètre en prenant la vitesse des vents à 6 km et en soustrayant à la vitesse de surface. Par exemple, si on a des vents de 45 noeuds à 6 km et des vents de 5 noeuds au sol on fait 45-5 = 40 noeuds pour le cisaillement 0-6 km.
Il s’agit d’une mesure importante pour la rotation mais aussi pour que le courant ascendant ne soit pas noyé dans les précipitations de l’orage. Si vous avez une différence de vents trop faible entre la moyenne altitude et la surface, les précipitations tomberont directement dans le courant ascendant ce qui l’étouffera et mènera à la mort de l’orage. Voilà pourquoi il est préférable d’avoir au minimum 30 noeuds de différence.
Passons maintenant au cisaillement directionnel. Il s’agit du changement de direction des vents avec la hauteur.
Sur cet exemple, nous avons des vents de surface en provenance du sud-est alors que plus on monte en altitude, ils passent sud-ouest pour finalement venir de l’ouest plus en hauteur. On a ici un bon cisaillement directionnel qui va induire encore plus de tourbillon, surtout dans les 3 premiers kilomètres de l’atmosphère. Il s’agit de l’helicité, et c’est un indice important pour la formation du mésocyclone de bas niveau. On peut même seulement regarder le cisaillement entre 0-1 km car celui-ci est souvent le meilleur discriminateur pour voir le potentiel tornadique. Le vent courbe beaucoup en montant dans l’atmosphère avec ce genre de profil ce qui est parfait pour la formation des tornades. *Nous expliquerons plus en détail ce que représentent tous ces graphiques un peu plus loin.
Exemple d’un profil de vent courbé.
Cependant, imaginer que les vents soient pratiquement tous de la même direction, disons du sud-ouest. Nous aurions toujours du cisaillement en vitesse, mais pas en direction, on appelle ce profil cisaillement unidirectionnel. Il est toujours possible d’avoir des supercellules mais le risque d’interaction entre celles-ci est beaucoup plus grand car cela augmente le risque de séparation des courants ascendants. Aussi, en séparant les courants ascendants, l’environnement ajoute une étape de plus pour que le mésocyclone se forme avec un tourbillon entrant directement dans celui-ci. Quand les orages interagissent trop ensemble, ils ont aussi tendance à devenir linéaire. Ces orages produisent plus rarement des tornades.
Exemple d’un profil de vent unidirectionnel.
Bref, voici donc ce que ça donne lorsqu’on met tout ça ensemble.
Nous avons donc notre rouleau compresseur qui tourne, encore plus de tourbillon au sol produit par le cisaillement directionnel et un courant ascendant qui redresse le tout de façon verticale dans le nuage d’orage qui se sera formé car l’atmosphère est instable et humide. Le mésocyclone de moyen niveau se forme, si l’helicité est suffisante, le mésocyclone de bas niveau deviendra plus fort et cela peut engendrer une tornade !
Parfois, les ingrédients sont là, mais il ne se passe rien.
Il existe aussi des moments ou, même si tous les ingrédients sont réunis, il ne se passera pas grand-chose ou bien la supercellule ne produira tout simplement pas de tornade. C’est le cas notamment lorsque nous avons affaire à un CAP, ou si vous préférez une inversion de température.
Graphique (téphigramme) montrant une inversion de température ou CAP.
Plus on monte en altitude, plus la température se refroidi, normalement. Cependant il arrive des moments ou la température à la surface est beaucoup plus froide qu’en altitude. Cela arrive souvent lorsqu’il fait chaud et que, quand le soleil se couche, la température commence à refroidir à la surface, mais la chaleur prend beaucoup plus de temps à partir un peu plus haut en atmosphère.
L’air chaud doit monter pour se condenser et réaliser son potentiel de convection. Cependant si la parcelle d’air qui monte rencontre de l’air encore plus chaud qu’elle, elle cessera de se soulever et rien ne se passera si cela dure trop longtemps. Comment une inversion s’érode telle ? Soit par le réchauffement diurne, donc que les températures augmentent graduellement vers la surface, ou bien par le refroidissement en moyenne altitude, ce refroidissement vient souvent de l’approche d’une dépression.
Le CAP est une lame à double tranchant. Il est en fait préférable d’en avoir un peu, mais pas trop. Une trop grosse inversion empêchera toute convection, tandis qu’aucun CAP dans un environnement instable favorisera trop l’interaction des orages ce qui diminue le potentiel de temps violent. L’idéale, c’est le principe de la casserole pleine d’eau bouillante. Quand le couvercle est dessus, la vapeur ne peut pas monter. Quand il n’y a aucun couvercle, la vapeur s’échappe sans retenue. Quand il y a un couvercle, mais qu’on enlève celui-ci après un certain temps, à ce moment la vapeur monte en explosant. Il se passe la même chose avec les orages, qui ont alors tendance à devenir violents et rester plus isolés dans ce dernier scénario.
Il va aussi arriver que des supercellules prennent naissance, mais qu’elles ne produisent pas de tornades. En fait, seulement quelque 25-30% des orages supercellulaires produiraient des tornades. La science tente encore d’élucider ce mystère, pourquoi certains orages en produisent, alors que d’autres non ? Il y a une petite piste du coté du RFD cependant, le RFD est le Rear Flank Downdraft de la supercellule, ce sont des courants descendants qui proviennent des hauteurs de l’orage et qui sont un peu plus froids et secs que l’air ambiant. Il est situé derrière le courant ascendant en rotation (mésocyclone) de la supercellule.
Il semblerait que si le RFD soit plus froid d’environ 5°C que l’air ambiant au sol, cela serait suffisant pour empêcher la naissance d’une tornade. Plusieurs facteurs peuvent jouer la dedans, comme trop de précipitation dans le RFD ou que ce soit trop sec. Si les orages se forment trop près d’un front froid et que celui-ci bouge rapidement… Bref il faut toujours avoir une certaine balance.
Déroulement météo de la journée du 1er Aout 2006.
Pendant la journée du 1er Aout 2006, le Québec était en quelque sorte pris en sandwich entre un système dépressionnaire situé près de la Baie-James et un gros anticyclone dans le sud-est des États-Unis.
Carte de surface du matin montrant le système avec son front froid encore en Ontario et un front chaud traversant le Québec.
Le sud du Québec était situé sur le dessus de la crête de beau temps du sud-est des USA. Les températures lors de cette journée étaient très chaude, certains endroits on atteint des chaleurs au thermomètre de 33-34°C.
Avec le positionnement de l’anticyclone et de la dépression, les prémices étaient là pour que tous les ingrédients nécessaires à la formation d’orages violents soient là. La forte chaleur, l’humidité arrivant du golfe du Mexique et le cisaillement allait être optimal sur le sud du Québec. Les points de rosée sont d’ailleurs montés à des valeurs impressionnantes pendant la journée. Jusqu’à 25°C par endroits !
Carte de 850mb (1.5 km en altitude) ce matin-là.
Carte de 500mb (6 km en altitude) ce matin-là.
Carte de 250mb (10 km en altitude) ce matin-là. Celui-ci s’éloignait et ne jouerait pas un grand rôle dans cette journée.
La carte de prévision orageuse d’Environnement Canada pour cette journée était d’ailleurs sans équivoque. Il y aurait du temps violent sur le sud et le centre du Québec et la possibilité de tornade était là (représenté par le « T possible » sur la carte suivante).
Mais comment faire pour s’y retrouver ? Comment faire pour déterminer à quel endroit il y a le plus de chances que des tornades prennent naissance ? C’est là qu’une analyse très minutieuse est de mise. Voici alors d’autres notions qui vous aideront à identifier un potentiel de tornade.
Le front froid qui allait entrer par l’ouest du Québec dans la journée allait très certainement donner naissance à des orages violents. Par contre, la région de l’Estrie était loin de ce front et manquait a priori de soulèvement. Il y avait cependant peut-être un petit creux dans cette région car des orages s’étaient déjà formés dans la matinée et tôt en après-midi.
Lorsque des orages passent en quelque part, ils déversent beaucoup de précipitations. Ces précipitations font partie de leur courants descendants qui sont aussi beaucoup plus froids que l’air alentour. Quand les orages s’en vont, la masse d’air dans laquelle ils ont évolué est modifié. Elle reste beaucoup plus froide qu’aux alentours parfois même pendant plusieurs heures. Ce phénomène s’appelle des « outflow boundaries » que l’on pourrait traduire en français par une frontière de courant descendant.
Les outflow boundaries (OFB) agissent un peu comme un front froid à petite échelle. Elles peuvent servir d’élément déclencheur pour le soulèvement de la masse d’air et aussi parfois augmenter un peu la vorticité localement puisque l’air chaud circule autour de l’air plus frais qu’elles produisent. Quand l’atmosphère redevient suffisamment instable dans ces régions, les orages peuvent prendre naissance de nouveau et bénéficier de plus de tourbillon près de ces frontières.
À noter que, comme dans le cas du RFD, si l’outflow est trop encore trop froid, cela peut couper le courant ascendant de l’orage et celui-ci s’éteindra après l’avoir traversée. Cependant, il est reconnu que cela peut tout de même augmenter momentanément la rotation dans l’orage.
Image satellite vers 16h40.
On peut voir les outflow boundaries au radar quand elles sont proches de celui-ci, mais on peut très bien les distinguer au satellite aussi. Sur l’image du haut, on voit qu’en fin d’après-midi, les orages se sont éloigné de la région de l’Estrie. Dans la zone entourée en rouge, on voit aussi des zones sans nuages alors que des petits champs de cumulus se forment alentour. Ce sont des outflow boundaries. On voit aussi une mince ligne pointée juste à l’extérieur du rectangle rouge, il s’agit possiblement d’une petite outflow boundary aussi. Le village de Lac-Drolet est situé tout près de cette étroite ligne.
Les deux prochains graphiques représentent une coupe verticale de l’atmosphère. Celui à la gauche s’appelle un téphigramme, tandis que celui à droite est un hodographe. Le téphigramme permet de bien voir tout ce qui se passe dans l’atmosphère. On y retrouve la hauteur de l’atmosphère située sur sa gauche, les vents avec l’altitude située sur sa droite, la température (ligne rouge), le point de rosée (ligne verte), les températures (-10, 0, 10, 20, 30, ect) sont situés juste en dessous. La ligne pointillée représente le CAPE avec l’espace entre la ligne rouge, donc l’instabilité. Tous les ingrédients clés sont visibles sur les téphigrammes.
Le graphique de droite, l’hodographe, est quant à lui une représentation des vents en altitude seulement et toujours calculé en nœud. Chaque hauteur de l’atmosphère y est représentée pour démontrer quel profil de vent se retrouve dans notre setup. Comme nous le disions plus tôt, un hodographe qui est surtout linéaire ne favorise pas la rotation dans les bas niveaux, donc il ne favorise pas la formation des tornades. Un hodographe courbé, comme celui-ci, montre qu’il y a beaucoup de tourbillon disponible dans la basse atmosphère, donc le risque de tornade est bien présent.
* Petite précision pour le téphigramme et l’hodographe de cet évènement. Je l’ai bâti moi-même à l’aide du logiciel SHARPpy ainsi que de toutes les données archivées disponibles de cette journée avec l’aide du Storm Prediction Center et de Météocentre. J’ai utilisé les cartes de surface, de 925mb, 850mb, 700mb, 500mb, 300mb et 250mb ainsi que les téphigramme et hodographe environnant pour extrapoler le tout et donner une idée de ce à quoi l’atmosphère pouvait ressembler près de Lac Drolet au moment de la tornade.
Nous allons maintenant nous concentrer un peu plus sur l’hodographe car il contient d’autres informations importantes. Le sens de déplacement des orages est quelque chose d’important puisque cela détermine aussi la quantité d’helicité qui peut être ingérée dans le mésocyclone. Dans le cas-ci, le sens de déplacement normal des orages était indiqué par le petit carré brun sur l’hodographe. On parle souvent d’orages « left mover » et « right mover » en chasse d’orages. Il arrive parfois pour plusieurs raisons que les orages dévient de la trajectoire normale qu’ils devraient prendre. Les orages qui dévient à gauche sont appelés « left mover » et sont généralement moins fort car ils profitent de beaucoup moins d’helicité. Dans de très rare cas ils peuvent devenir dominant, mais 90% du temps, ils meurent. Les orages qui dévient à droite eux sont appelés « right mover ». C’est souvent le cas des supercellules, qui crée un peu leur propres environnements et ont tendance alors à bouger plus vers la droite du vecteur de déplacement normal. Ces orages vont bénéficier de beaucoup plus d’hélicité et se retrouvent avec un potentiel tornadique accru. Dans le cas de l’orage du Lac Drolet, celui-ci était légèrement right mover (étoile rouge sur l’hodographe).
* L’helicité est aussi l’abréviation SRH, pour Storm Relative Helicity.
Il existe aussi deux autres paramètres qu’on peut regarder pour évaluer un potentiel de tornade dans une région. Ces indices ne sont pas infaillibles car il faut les mettre en relation avec plusieurs autres choses mais dans le cas qui nous concerne ici, ils étaient dans le mille. Il s’agit du EHI (Energy Helicity Index) un indice qui met en relation le potentiel instable et l’helicité disponible et le STP (Significant Tornado Parameter) qui est un indice qui comprend beaucoup de variable.
On calcule le EHI de façon assez simple, on prend le CAPE x SRH / 160 000. Dans le cas présent, le logiciel a calculé l’helicité (SRH) disponible pour l’orage à environ 200, par rapport à son sens de déplacement. Le CAPE lui est à 3085. Donc si on calcule 3085 x 200 / 160 000 = 3.85. Un indice EHI en bas de 1 représente un risque de tornade presque inexistant. Entre 1 et 5, le risque de fortes tornades (EF2, EF3) est présent alors que supérieur à 5, le risque de tornades violentes (EF4, EF5) est la. le 3.85 concorde bien avec la EF2 du Lac Drolet.
Le STP était aussi favorable lors de cette journée comme le démontre le graphique ci-dessous. Sur ce graphique, la ligne jaune représente la valeur du STP. Chaque boîte verte représente le risque associé avec l’évènement présent (non tornadique, EF1, EF2, EF3, EF4+). Dans chaque boîte verte, il y a une petite ligne verte qui représente la moyenne de ce que l’atmosphère présente peut donner comme risque tornadique. On voit donc que la ligne jaune se rapproche le plus du risque de EF2-EF3 dans ce cas-ci. Encore une fois cela concorde avec la tornade du Lac Drolet.
Récapitulons un peu le tout. Nous avions donc beaucoup d’instabilité présente (environ 3000 de CAPE), juste assez d’humidité disponible, du soulèvement possible avec des outflow boundaries dans ce secteur et le cisaillement 0-6 km de 35 noeuds, plus qu’intéressant pour la formation d’orages violents, et un cisaillement directionnel 0-1 km de 20-25 noeuds très suffisants pour la formation de tornades. Le front chaud était devenu quasi stationnaire en Estrie/Beauce, ce qui augmentait localement l’helicité et créait une petite zone de convergence. En plus, il y avait possiblement une petite outflow boundary tout près de Lac Drolet. On ne pouvait demander mieux pour avoir une tornade !
Carte de surface montrant le cisaillement (flèche rouge et bleue), le front chaud (ligne rouge) et Lac Drolet (étoile rouge).
Donc, vers 18h, le premier écho radar de l’orage qui allait donner la tornade était capté. La tornade a pris naissance environ vers 19h. Voici la représentation radar de l’évènement.
Animation radar de l’évènement. La flèche rouge pointe l’orage qui a produit la tornade. La ligne rouge représente la position approximative du front chaud. Le « T » représente le moment ou la tornade était au sol.
Les fronts chauds sont reconnus pour rehausser le risque de tornade lorsqu’ils interagissent avec des orages supercellulaires. Ils apportent souvent un meilleur profil de vent à la surface et par conséquent un meilleur tourbillon pour les orages. On peut voir sur l’animation que l’orage tornadique a produit sa tornade tout près du front chaud. Cependant en traversant l’autre côté de celui-ci, les conditions devenaient moins bonnes car ce n’était plus dans le secteur chaud. Les orages se sont amalgamés ensemble et n’ont pas reproduit de tornade. Un autre facteur intéressant, l’orage était isolé au moment de la tornade, donc pas d’interaction des autres orages pour gâcher le courant ascendant.
Pourquoi il n’y a pas eu de tornades rapportées ailleurs ?
Les orages qui se sont formés dans cette journée étaient très violents pour la majorité. Il y a eu beaucoup de rapport de vents violents, grêle, pluie torrentielle… Mais aucun autre rapport de tornade malgré que de très forts orages ont balayé un corridor allant de l’Abitibi jusqu’à la rive sud de Montréal. L’atmosphère était aussi très instable, il y avait du soulèvement apporté par un front froid, de l’humidité et du cisaillement en vitesse.
La faiblesse pour un setup tornadique dans ces secteurs se situait probablement plus au niveau du manque de cisaillement directionnel, donc du peu de tourbillon dans la basse atmosphère. En effet, lorsqu’on regarde les vents de surfaces sur ces secteurs, ils étaient tous alignés sud-ouest, pratiquement de la même façon qu’en altitude. Cela enlevait donc beaucoup d’hélicité pour ces secteurs. De plus, vu que le mécanisme de soulèvement était un front froid rapide, les courants descendants plus froids des orages avaient plus de chances d’être fort, ce qui est mauvais pour générer une tornade. Ces secteurs ont donc eu droit à quelques supercellules mais qui se sont rapidement amalgamés ensemble pour former une très forte ligne d’orages. Rappelons que les orages qui forment des lignes et qui interagissent beaucoup ensemble ne sont pas favorable pour la formation des tornades mais peuvent toujours donner du temps violent, comme des micro-rafales, de la grêle et ect.
Pour un chasseur de tornades, c’est donc en Estrie/Beauce qu’il fallait être lors de cette journée. Comme vous pouvez le voir, la prévision de ce type d’évènement est assez complexe, mais avec du temps et beaucoup d’études sur le sujet, on peut parvenir à reconnaitre les meilleures zones possibles pour le développement des tornades.
La vidéo suivante de la tornade a été filmé par Sébastien Rancourt et Marianne Fortier, résident de l’endroit, que nous remercions énormément pour la permission d’inclure dans cet article. Bon visionnement !
En terminant, voici la liste officielle des rapports de temps violents compilée par Environnement Canada lors de cette journée très orageuse !
Pierre-Marc Doucet.
* Si vous avez des questions ou commentaires, écrivez-les dans l’espace prévu à cet effet ! Il s’agit d’une analyse sans prétention et nous vous encourageons à commenter si vous voulez apporter votre grain de sel :).
Avec l’avènement des médias sociaux et des nombreux enthousiastes de la météo, il est maintenant très commun de voir des photos d’orages un peu partout. Cependant, savez-vous faire la différence entre un véritable nuage en entonnoir, dernier stade avant la tornade, et de simples nuages en lambeaux inoffensif, aussi appelé « Scud » ? Dans cet article nous vous aiderons à faire la différence et vous verrez que parfois, tout n’est pas blanc ou noir !
Les nuages en lambeaux (scud) se forment lorsque l’air plus chaud et humide près du sol monte près de la zone ou l’air plus froid de l’orage est. Cela crée une condensation qui donne l’aspect d’un nuage déchiqueté et lugubre. Le processus peut se créer à des endroits différents. Ils vont souvent se retrouver le long d’un front de rafales et/ou arcus et aussi près du courant ascendant de l’orage, et ils peuvent s’organiser pour devenir un wall-cloud en étant associé au mésocyclone.
Le processus de formation est semblable, mais l’emplacement des scuds dans l’orage est très important pour déterminer s’il y a un danger tornadique associé à ces nuages. Cependant il faut toujours se rappeler qu’un scud N’EST PAS UN ENTONNOIR même si des scuds peuvent se transformer en wall-cloud, d’où un entonnoir peut sortir. Il faut garder en tête que ce sont deux phénomènes différents.
Voici à quoi ressemble un scud qui est associé au front de rafales. Notez que les scuds peuvent être connectés ou non à la base du nuage, comme dans les deux exemples suivants;
On remarque bien l’aspect déchiré et non organisé du nuage. Dans ces cas-ci, ils ne sont pas situés dans la partie de l’orage ou la majorité des tornades vont se produire. Souvent, il ne montre pas de rotation mais simplement un mouvement vers le haut ou vers l’extérieur du nuage sur l’orage pousse des vents très forts.
Dans les deux exemples suivants, il est très clair que nous avons à faire à des nuages en entonnoir;
Le nuage en entonnoir est beaucoup plus organisé que le scud et il dure aussi généralement plus longtemps. Un scud aurait un mouvement erratique pendant moins d’une minute, un entonnoir va durer au moins 2 à 3 minutes la plupart du temps. Il est associé au courant ascendant en rotation de l’orage (mésocyclone). C’est le dernier stage avant la tornade. Cependant, vu que cette zone est située très proche des courants descendant, plus froid, de l’orage, la condensation a tendance à se faire plus facilement. Cela mène à créer des nuages en lambeaux qui peuvent être ingérés dans le courant ascendant et ce sont ces nuages qui forment un nuage-mûr.
Voici un parfait exemple avec la même structure qui a donné le premier nuage en entonnoir plus haut. Ceci était environ 5 minutes après, on remarque toujours un petit entonnoir, mais il y a aussi des scuds en soulèvement et en rotation, associés au nuage-mûr, à côté;
Les scuds peuvent aussi être présent dans une zone où il y a de la faible rotation. Sur l’image suivante, la supercellule tentait de s’organiser et la circulation était présente mais faible. Faites attention de toujours remarquer si c’est un mouvement de rotation qui est présent, ou simplement du mouvement de soulèvement, d’affaissement et/ou en ligne droite. Il n’y a aucun entonnoir dans cette photo.
Dans le prochain cas, les scuds étaient associés à la partie d’un fort mésocyclone. Ceux qui tournaient à l’alentour de la tornade. Mais comme un peu encore le voir, ce sont des nuages désorganisés, contrairement à la tornade. Dans ce cas-ci par contre, vu que la rotation était très forte avant même que la tornade se pose au sol, les scuds étaient un bon indicateur de la force de rotation de l’orage.
Comme vous le voyez, la position de ces types de nuages par rapport à leur emplacement dans l’orage en dit beaucoup sur ce que vous regardez.
Il existe bien sur des cas ambigus, la météo étant ce qu’elle est. Mais encore une fois il est possible de discriminer ce que vous regardez en sachant reconnaitre les structures orageuses. Sur le prochain exemple, on y voit une structure supercellulaire classique avec le fameux fer à cheval et le RFD. L’étoile représente la zone la plus probable ou une tornade peut prendre naissance.
Quelques minutes plus tard, nous avons remarqué la zone entourée en rouge dans l’image suivante. Il semblait y avoir un peu de rotation, mais le nuage est plus ou moins bien organisé et est surtout à l’horizontale. Il manquait probablement de « tilt » verticale lors de cette journée. Il est donc plutôt difficile d’établir si c’est réellement un entonnoir, mais avec sa position par rapport à la structure, c’est possible. Voilà pourquoi nous préférons dire « possible entonnoir ».
La prochaine image montre un exemple parfait de scud qui pourrait facilement être pris pour un nuage en entonnoir. Les observateurs habitués remarqueront par contre que ce nuage est situé sur un front de rafales. Observer aussi son aspect non organisé et rugueux. Le nuage ne montrait aucune rotation et suivait l’orage en étant tout simplement attaché au front de rafales. Il arrive parfois que ces nuages en lambeaux s’élargissent et forment des « scud bombs » qui ont l’allure d’entonnoir mais n’en sont pas. Ils sont assez traitre, surtout quand notre vue du sol est bloqué.
À noter qu’il arrive parfois que des « gustnado » se forment sur les fronts de rafales, mais encore une fois vous y verriez une faible rotation et un soulèvement de poussière du sol.
Pour terminer cet article. Nous vous rappelons que pour déterminer si un nuage en entonnoir touche le sol ou non, vous devez toujours regarder à sa base et tenter de voir s’il y a une circulation au sol avec des débris. Dans le cas de cette tornade, il n’y avait qu’un entonnoir qui était condensé mais la circulation était bien au sol, comme en témoigne la quantité de débris soulevés.
Un ouragan est un phénomène destructeur pour plusieurs raisons, les vents violents, les quantités de pluie, les marées de tempêtes et etc.
Cependant saviez-vous que les vents de ces tempêtes ne couvrent pas toutes leurs superficies ? En effet, avec comme exemple l’ouragan de catégorie 4 Gonzalo en 2014, voici un approximatif de l’étendue des vents dans l’ouragan.
À l’intérieur du cercle blanc se trouve les vents de force de tempête tropicale (65 à 119 km/h). Ces vents peuvent aller et parfois dépasser jusqu’à 500 kilomètres de l’oeil.
Dans le cercle jaune, ce sont les vents de force d’ouragans (120 km/h et plus). Ils peuvent aller de 100 à 150 kilomètres de l’oeil mais dépassent rarement ce diamètre. Lorsqu’on classifie les ouragans, on prend toujours les vents les plus violents enregistrés et/ou estimé qui se trouve dans le mur de l’oeil, ou eyewall en anglais. Comme son nom le dit, ce « mur » est la partie qui entoure l’oeil de l’ouragan. Le mur de l’oeil dépasse rarement quelques dizaines de kilomètres de diamètre mais les intempéries les plus violentes de l’ouragan se retrouvent dans cette petite zone. Dans l’oeil, le temps est calme cependant.
Notez bien aussi que ces zones sont variables autant en forme qu’en superficie dépendant des ouragans. Cependant la plupart du temps les vents les plus violents vont se retrouver du coté est (droit) de l’oeil.
Le risque d’orages forts à violents est toujours présent sur l’ouest du Québec demain. Les secteurs à surveiller sont l’Abitibi-Témiscamingue, l’Outaouais et les Hautes-Laurentides principalement.
Le tout devrait commencer assez tôt en journée. Vers l’heure du midi et se poursuivre une bonne partie de la journée. Pour plus de renseignements sur l’analyse de la situation, rendez-vous sur ce lien ! https://xtremchasequebec.com/2015/08/18/analyse-du-20-aout-2015/
Image radar simulée en après-midi demain.
Représentation géographique du risque de tornades.